Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 10:41
et qu'elle me regardait misérablement, pitoyable et rabougrie.
Ou bien je me sens comme Jim Carey dans Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, au début, lorsqu'il est sur la plage, qu'il prend son cahier aux feuilles arrachées, et qu'il se met à écrire un truc du genre : "ça fait longtemps que je n'ai pas écrit dans ce cahier". Phrase que j'ai bien dû noter quant à moi une centaine de fois dans je ne sais combien de cahiers d'ados.

Comme jadis, je m'arrête un moment après une période mouvementée, je regarde un peu en arrière, je réalise, j'écarquille les yeux, étonnée, est-ce bien moi, oui, je souffle un grand coup, j'évite de réfléchir trop longtemps de peur de me perdre, et hop, je raconte.

J'ai travaillé presque deux mois en librairie, jusqu'au 31 décembre, et en janvier j'ai obtenu un poste de prof de français en lycée. Ce n'est pas rien de renouer avec un métier abandonné il y a cinq ans pour cause de dégoût sévère. Aujourd'hui les choses ont changé, et je peux dire que je ne suis pas mécontente, globalement, d'avoir retenté l'expérience. Mais c'est aussi parce que je suis en lycée, et non en collège, que mon emploi du temps est plus que correct, et que sur mes trois classes, deux sont plutôt sympas. Sans compter que ça fait du bien de toucher un vrai salaire, après plusieurs années de bout de chandelles ou de diable par la queue.

J'ai néanmoins du mal à réaliser que je n'ai pas écrit une ligne depuis trois mois. Et que j'ai survécu. Et que je n'en ai même pas tellement souffert. En revanche, là, vous n'imaginez pas à quel point je souffre ! J'efface, je recommence, je

j'arrête.




Par callisto
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 11:39
À force de ne jamais rien dire de ce que l'on pense, on finit par faire croire aux autres qu'on est une gentille fille.
J'ai compris que de prime abord, je passais pour une gentille fille. J'aime que les gens m'aiment. Alors ça surprend toujours un peu quand je finis par l'ouvrir parce qu'on me dit des choses qui ne me plaisent pas. Moi j'essaie toujours de ne pas trop heurter les gens, de ne pas leur sortir des saloperies gratuitement, c'est un peu ce que tout le monde tente de faire, n'est-ce pas.

Mais ma nouvelle chef, là, elle se fout totalement d'être désobligeante, visiblement. Elle a le franc-parler d'une personne qu'on ne contredit plus depuis longtemps. Elle mériterait une petite leçon de savoir-vivre de la gentille fille, mais enfin. Dans la mesure où je n'ai plus que quatre semaines à tirer, je me dis que ce n'est pas la peine de m'engueuler avec cette folle. Encore une ! Ah, la libraire cinquantenaire, jamais mariée et sans enfants, qui passe son temps à se plaindre de tout et de tout le monde, à dire comme c'était mieux avant, comme les jeunes d'aujourd'hui n'ont aucune résistance¹, comme les éditeurs, et les auteurs, et les clients, et, et, *lamente*, *lamente*, *lamente*, en cherchant acquiescement de ma part (mais moi je n'acquiesce pas, je ne suis une gentille fille qu'en apparence, je préfère lui opposer  mon plus beau regard bovin). Quelle belle espèce en voie de disparition, la libraire folle ! Vivement qu'elles se claquemurent toutes pour de bon dans leurs petits appartements poussiéreux remplis de livres dédicacés, entourées de leurs amants imaginaires, de leurs rêves d'ailleurs, de leurs désillusions de lectrices insatiables. Nous les verrons tantôt, petites vieilles aigries se lamentant auprès de tous les commerçants du quartier, et comme c'était mieux avant mon bon monsieur, avançant péniblement sur leurs jambes maigrelettes en donnant des coups de canne dans les roues des vélos garés sur le trottoir. Et, tout en  dispersant au vent quelques miettes pour les pigeons, elles se mettront à oublier petit à petit tous les livres lus, leurs magnifiques amants de papier, leurs aventures d'encre, et même l'éclat d'une folle soirée de signature, avec l'auteur célèbre, bel homme, qui leur prend le bras en disant C'est grâce à vous tout cela, la libraire soudain auréolée rosissant comme une jeune fille et ressentant au tréfonds de son linge une palpitation nouvelle et éphémère, se prenant, pour une fois, à rêver de chair, de monde réel, mais bien vite une fois encore déçue, amère, haïssant la terre entière, et, seul remède à ses maux, réfugiée dans un livre.





¹ Peu importe le détail, mais je lui demandais simplement si, au lieu des sept heures d'affilée avec pause de 5-10 minutes prévue par la chef, il était possible que j'arrive une demi-heure plus tôt afin de pouvoir prendre une vraie demi-heure de pause pour manger quelque chose. Comme elle a dit non, je prends les 20 minutes prévues par la loi sur mon temps de travail.
"Et puis, vous n'avez rien, après votre CDD qui se termine le 31, alors faut peut-être penser que c'est maintenant ou jamais, pour bosser", m'a-t-elle sorti sérieusement. J'aurais préféré qu'elle le dise méchamment. Au moins, un vrai méchant, on peut lui répliquer méchamment, voire l'insulter.
J'ai juste dit que j'étais ravie de pouvoir lui apprendre que j'avais quelque chose à compter du 4 janvier.


Par callisto
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 11:00
J'aime les cafés. Ces endroits que j'ai envie d'appeler rades pourris, vous savez, ces restaurants-bar-brasserie-formule-déjeuner-sandwiches-à-toute-heure, où des tas de gens, toute la sainte journée, s'accoudent au zinc, s'enfilent un demi, un ballon ou un express. Depuis le trottoir, je choisis celui qui me paraît le moins neuf, celui que le temps a conservé dans son jus, avec toutes ces strates d'époques différentes. Surtout pas le faux vieux, où tout est années cinquante tout joli tout améliepoulain. J'aime les endroits où il y a des espèces de panneaux de bois laqués orangés qu'on dirait que ça a cramé. J'aime les chiottes avec la pièce de 1F à introduire. J'aime le zinc un peu abîmé, martelé, le carrelage comme dans les cantines des écoles, les lampes pas à économie d'énergie aussi moches que chez ta grand-mère, les chaises en bois, les banquettes en peluche râpée avec des trous de clope. J'aime même la collèque de bouteilles de jus de fruits poussiéreuses au-dessus du bar, là, à côté de l'énorme pendule toujours moche, et du calendrier avec des arbres en automne.
Je m'installe au bar, toujours, sur un grand tabouret de préférence, sans enlever mon manteau. Immédiatement, une espèce de chaleur me gagne. J'aime l'efficacité du barman, qui, sans prononcer plus de trois mots, m'apporte en quelques secondes un expresso ou un allongé. J'aime l'odeur du café, forte, qui se mélange aux odeurs de cuisine. J'aime la vieille tasse moche dans laquelle je-ne-sais-combien de parigots ont bu. J'écoute les conversations des serveurs, celles des habitués. Le patron grande gueule, qui se plaint d'un truc ou d'un autre. Pendant cinq minutes, ma vie à moi est sur pause.

Voilà. J'aime les cafés. C'est un truc que j'aime bien chez moi, d'aimer prendre des cafés au bar quand j'ai cinq minutes. Je me regarde avec une distance amusée et me demande bien pourquoi je m'enorgueillis d'un truc pareil, mais enfin. C'est tout à fait comme d'avoir l'oreille absolue : j'en conçois une immense fierté, tout en étant consciente du fait que ce don ne me sert strictement à rien. Pensez donc ! Tout le monde se fout de savoir que le signal de fermeture des portes du métro est une tierce mineure sol-si bémol !
Par callisto
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /Nov /2009 13:42
Ah ah, on pourrait en dire, des choses, sur le le Hasard, le Destin et l'Ironie, quand je vous aurais avoué que le jour même de la note 41 j'ai reçu deux coups de fil en forme de deux propositions de CDD. Ne nous emballons pas, le premier CDD de trois jours, c'était la semaine dernière (ça, c'est fait), le second débute jeudi et se termine le 31 décembre, payé au SMIC, etc. mais au moins c'est dans une librairie (yeah).
Déjà, la semaine dernière, j'étais allée me faire couper les cheveux, histoire d'avoir une tête de femme active. Là, je me sens comme une nouvelle femme, pensez-vous ; je viens de me faire faire mon premier passe navigo.
Dans quelques instants, j'ai rendez-vous auprès d'une "conseillère en développement personnel" (sic) à l'éducation nationale. On verra bien ce qu'elle va me proposer. On ne sait jamais, ça pourra peut-être me servir pour mon projet de livre intitulé Que faire quand on a passé des concours chiants mais qu'on ne veut plus du poste qui va avec ?


Par callisto
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 23:08
Jus de pomme trouble. Gaufres molles.
Je reste perplexe devant les trouvailles des ingénieurs marketing concernant l'appellation de certains produits que j'aime à acheter dans mon franprix préféré (quand je vais du côté de chez Swann, mais ça c'est une autre histoire, que je vous raconterai une autre fois).
Qu'a-t-elle bien pu faire, cette pomme trouble, au passé mystérieux ? Notre curiosité est saisie, déjà nos papilles sont en éveil ; que se passera-t-il lorsque nous boirons le nectar ? Saurons-nous alors en le goûtant élucider le mystère de la pomme trouble ?
Quant aux gaufres molles, eh bien, je les mange en regardant ma montre, et en pensant à Dali.
Par callisto
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