Ah ah, on pourrait en dire, des choses, sur le le Hasard, le Destin et l'Ironie, quand je vous aurais avoué que le
jour même de la note 41 j'ai reçu deux coups de fil en forme de deux propositions de CDD. Ne nous emballons pas, le premier CDD de trois jours, c'était la semaine dernière (ça, c'est fait), le
second débute jeudi et se termine le 31 décembre, payé au SMIC, etc. mais au moins c'est dans une librairie (yeah).
Déjà, la semaine dernière, j'étais allée me faire couper les cheveux, histoire d'avoir une tête de femme active. Là, je me sens comme une nouvelle femme, pensez-vous ; je viens de me faire faire
mon premier passe navigo.
Dans quelques instants, j'ai rendez-vous auprès d'une "conseillère en développement personnel" (sic) à l'éducation nationale. On verra bien ce qu'elle va me proposer. On ne sait jamais,
ça pourra peut-être me servir pour mon projet de livre intitulé Que faire quand on a passé des concours chiants mais qu'on ne veut plus du poste qui va avec ?
Par callisto
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Mercredi 11 novembre 2009
Jus de pomme trouble. Gaufres molles.
Je reste perplexe devant les trouvailles des ingénieurs marketing concernant l'appellation de certains produits que j'aime à acheter dans mon franprix préféré (quand je vais du côté de chez
Swann, mais ça c'est une autre histoire, que je vous raconterai une autre fois).
Qu'a-t-elle bien pu faire, cette pomme trouble, au passé mystérieux ? Notre curiosité est saisie, déjà nos papilles sont en éveil ; que se passera-t-il lorsque nous boirons le nectar ?
Saurons-nous alors en le goûtant élucider le mystère de la pomme trouble ?
Quant aux gaufres molles, eh bien, je les mange en regardant ma montre, et en pensant à Dali.
Par callisto
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Je suis un peu fâchée. Je boude. Oui, je büüde, comme dirait Florence Foresti. La réalité n'est pas à la hauteur.
Alors j'ai décidé de faire comme si je n'avais pas besoin de trouver un boulot là maintenant tout de suite. Je lève la tête et regarde ailleurs. Je fais semblant de m'intéresser à cette paire de
chaussures, fais semblant de croire que je peux très bien me les acheter si j'en ai envie, fais semblant de n'avoir pas besoin de vous autres, employeurs, qui ne me rappelez jamais.
Je savoure les moments avec mon Abricot, ma Biscotte, ma Brioche, ma Bricole.
Je suis un peu fâchée contre ce rhume qui ne me quitte pas depuis dix jours, les douleurs lancinantes dans le crâne, les mouchoirs à répétition, la voix cassée, la toux aux moments inopportuns
(quand Brioche s'endort par exemple).
Je suis un peu fâchée contre moi-même. Je me reproche ma paresse, mon manque de suite dans les idées, mes oublis répétés, mon idéalisme, mon ardent désir que quelqu'un arrive, me dise "je
t'adore, je te veux, tiens, prends ce boulot magnifique". Mon orgueil, aussi, qui me fait chaque fois croire qu'à moi il ne peut pas arriver les mêmes saloperies qu'aux autres communs des mortels
; et puis, en fait, si. Si, exactement. Chaque jour qui passe, je m'agrège à l'immense masse, je me solidarise davantage, je rejoins un peu plus l'humanité toute entière.
Par callisto
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Le temps d'une courte sieste, je m'endors ailleurs, et m'étonne, au réveil, de cet endroit autour de moi. Ce n'est pas
ma chambre ! Ah oui, il est vrai que j'ai pris le train tout à l'heure, et que je suis chez ma mère. Mais alors, étrange sensation, voilà que je m'étonne également de trouver, sur ce lit nouveau,
mes propres pieds, les mêmes qui se trouvent habituellement dans mon lit à moi !
Rien à faire, comme dirait l'autre : j'aurais beau aller au bout du monde, toujours devrais-je me trimballer ma sempiternelle carcasse.
L'antidote : toujours avoir un bouquin dans sa poche, évidemment.
Ah, que les journées sont longues, pour celle qui se situe entre deux livres. Le monde paraît bien moins réel. Je rêve
mon futur voyage, je le vois anglais, bien ficelé, bourré à craquer comme une valise de cuir.
(Je pourrais aussi évoquer le voile du rhume qui vient se poser devant tout, mes grands-parents fatigués, la mer bleue au crépuscule, le voyage du retour sous la pluie.) (Le dimanche soir, vague
impression qu'il fallait retourner à l'internat le lendemain, alors que Dieu merci, tout ça est bien fini depuis quinze ans.)
(En même temps, je donnerais n'importe quoi pour revivre ne serait-ce qu'une journée de mon adolescence.)
Par callisto
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Parce que si j'étais écrivain, me dis-je, je passerais mon temps à écrire ! Oui, si c'est tellement important pour
toi, comme tu le penses chaque jour, tu devrais déjà avoir deux ou trois romans écrits, finis, publiés même ! Quoi de plus ridicule que de se proclamer écrivain et de ne pas avoir été publiée !
Peut-être de se proclamer écrivain et de n'écrire point, oui, peut-être ! Pourtant une partie de ma vie se joue là, durant de longs moments, tandis que j'arpente le pavé parisien, dans le monde
intérieur où Montaigne observe Proust, où Cortazar rigole avec Kundera, où Woolf et Austen rebondissent sur un souvenir, un rayon de lumière qui frappe bizarrement un panneau dans la rue ou mon
oeil, sur une phrase commencée au détour d'une rue, au milieu d'un carrefour.
J'ai renoncé, c'est déjà ça, à être l'écrivain idéal pour la lectrice que je suis. En effet, mon moi-lectrice aime quand on le transporte ailleurs, qu'on lui parle neige en Norvège, landes en
Irlande, ombres à Londres, et que sais-je encore. Du dépaysement ! Des endroits inconnus ! Ce que ne sait absolument pas faire mon moi-écrivant, évidemment. Il y a là comme une contradiction
majeure, vous l'aurez remarqué. Et encore, je ne vous parle pas de la soif d'apprendre ou de l'amour du suspense de mon moi-lectrice ! C'est donc tout naturellement que j'ai renoncé, d'un même
mouvement, à être ma lectrice idéale. Je ne suis pas sûre, du coup, d'avoir grande estime pour moi en tant qu'écrivain. Pensez donc : quelqu'un qui ne parle que de mon quartier, du Paris que je
parcours chaque jour, de la jeune fille désanchantée que je fus, de ce père que je dois me coltiner régulièrement. Bon. Heureusement, les bibliothèques sont pleines. Vivement que je puisse me
retrouver sous les traits d'un homme vieillissant vivant reclus dans sa tour du bordelais au XVIe siècle.
Par callisto
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