Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /Nov /2009 10:39
Je suis un peu fâchée. Je boude. Oui, je büüde, comme dirait Florence Foresti. La réalité n'est pas à la hauteur. Alors j'ai décidé de faire comme si je n'avais pas besoin de trouver un boulot là maintenant tout de suite. Je lève la tête et regarde ailleurs. Je fais semblant de m'intéresser à cette paire de chaussures, fais semblant de croire que je peux très bien me les acheter si j'en ai envie, fais semblant de n'avoir pas besoin de vous autres, employeurs, qui ne me rappelez jamais.

Je savoure les moments avec mon Abricot, ma Biscotte, ma Brioche, ma Bricole.

Je suis un peu fâchée contre ce rhume qui ne me quitte pas depuis dix jours, les douleurs lancinantes dans le crâne, les mouchoirs à répétition, la voix cassée, la toux aux moments inopportuns (quand Brioche s'endort par exemple).

Je suis un peu fâchée contre moi-même. Je me reproche ma paresse, mon manque de suite dans les idées, mes oublis répétés, mon idéalisme, mon ardent désir que quelqu'un arrive, me dise "je t'adore, je te veux, tiens, prends ce boulot magnifique". Mon orgueil, aussi, qui me fait chaque fois croire qu'à moi il ne peut pas arriver les mêmes saloperies qu'aux autres communs des mortels ; et puis, en fait, si. Si, exactement. Chaque jour qui passe, je m'agrège à l'immense masse, je me solidarise davantage, je rejoins un peu plus l'humanité toute entière.
Par callisto
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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 14:14
Le temps d'une courte sieste, je m'endors ailleurs, et m'étonne, au réveil, de cet endroit autour de moi. Ce n'est pas ma chambre ! Ah oui, il est vrai que j'ai pris le train tout à l'heure, et que je suis chez ma mère. Mais alors, étrange sensation, voilà que je m'étonne également de trouver, sur ce lit nouveau, mes propres pieds, les mêmes qui se trouvent habituellement dans mon lit à moi !
Rien à faire, comme dirait l'autre : j'aurais beau aller au bout du monde, toujours devrais-je me trimballer ma sempiternelle carcasse.

L'antidote : toujours avoir un bouquin dans sa poche, évidemment.

Ah, que les journées sont longues, pour celle qui se situe entre deux livres. Le monde paraît bien moins réel. Je rêve mon futur voyage, je le vois anglais, bien ficelé, bourré à craquer comme une valise de cuir.

(Je pourrais aussi évoquer le voile du rhume qui vient se poser devant tout, mes grands-parents fatigués, la mer bleue au crépuscule, le voyage du retour sous la pluie.) (Le dimanche soir, vague impression qu'il fallait retourner à l'internat le lendemain, alors que Dieu merci, tout ça est bien fini depuis quinze ans.)
(En même temps, je donnerais n'importe quoi pour revivre ne serait-ce qu'une journée de mon adolescence.)





Par callisto
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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /Oct /2009 14:47
Parce que si j'étais écrivain, me dis-je, je passerais mon temps à écrire ! Oui, si c'est tellement important pour toi, comme tu le penses chaque jour, tu devrais déjà avoir deux ou trois romans écrits, finis, publiés même ! Quoi de plus ridicule que de se proclamer écrivain et de ne pas avoir été publiée ! Peut-être de se proclamer écrivain et de n'écrire point, oui, peut-être ! Pourtant une partie de ma vie se joue là, durant de longs moments, tandis que j'arpente le pavé parisien, dans le monde intérieur où Montaigne observe Proust, où Cortazar rigole avec Kundera, où Woolf et Austen rebondissent sur un souvenir, un rayon de lumière qui frappe bizarrement un panneau dans la rue ou mon oeil, sur une phrase commencée au détour d'une rue, au milieu d'un carrefour.

J'ai renoncé, c'est déjà ça, à être l'écrivain idéal pour la lectrice que je suis. En effet, mon moi-lectrice aime quand on le transporte ailleurs, qu'on lui parle neige en Norvège, landes en Irlande, ombres à Londres, et que sais-je encore. Du dépaysement ! Des endroits inconnus ! Ce que ne sait absolument pas faire mon moi-écrivant, évidemment. Il y a là comme une contradiction majeure, vous l'aurez remarqué. Et encore, je ne vous parle pas de la soif d'apprendre ou de l'amour du suspense de mon moi-lectrice ! C'est donc tout naturellement que j'ai renoncé, d'un même mouvement, à être ma lectrice idéale. Je ne suis pas sûre, du coup, d'avoir grande estime pour moi en tant qu'écrivain. Pensez donc : quelqu'un qui ne parle que de mon quartier, du Paris que je parcours chaque jour, de la jeune fille désanchantée que je fus, de ce père que je dois me coltiner régulièrement. Bon. Heureusement, les bibliothèques sont pleines. Vivement que je puisse me retrouver sous les traits d'un homme vieillissant vivant reclus dans sa tour du bordelais au XVIe siècle.

Par callisto
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 10:10
Comme tout le monde, j'ai plein de problèmes dans la vie. Je suis accro au coca light et au chocolat, j'oublie toujours de changer les ampoules, je suis régulièrement fâchée contre mon père, je ne mets jamais les bonnes chaussures, et je n'aime pas le beurre.  Mais surtout, surtout, je ne sais absolument pas quoi faire de ma vie ! J'ai trente ans, j'ai eu quelques expériences professionnelles démoralisantes, et aujourd'hui je cherche du travail en essayant de me convaincre par tous les moyens que je vais trouver un poste où je n'aurais pas envie de m'enterrer vivante à la fin de la première journée.
Mon meilleur ami est un célibataire endurci, comme on dit, et nous aimons à soulager nos peines en évoquant nos statuts de marginaux : lui se sent exclu de la société qui ne parle qu'aux couples, moi je me sens exclue de la société qui ne parle qu'aux gens qui travaillent, dépensent de l'argent et pensent à leurs futures vacances. Sauf qu'en amour, il n'y a pas de mauvais cv.  Alors qu'à un moment donné, dans le monde professionnel, il faut se rendre à l'évidence : toutes les routes ne mènent pas à Rome. Les choix, ou les non-choix, plutôt, que j'ai fait il y a des années, quand je rêvassais en jouant du violon, je les paie aujourd'hui.
Alors me voilà, à trente ans, sans travail, avec un enfant à élever. Cela fait des mois, voire des années, que je n'ai pas un centime à dépenser en fringues, en chaussures, en coupes de cheveux. Mon fiancé et moi partons en vacances dans nos familles, sans jamais pouvoir se permettre de fantasmer sur un week-end à Londres. Nous n'allons ni au restaurant, ni au théâtre ; au cinéma, uniquement lorsque nous pouvons profiter de prix très avantageux. Je ne me plains pas, attention. C'est que lui gagne très bien sa vie. Imaginez alors comme je me sens coupable de rester à la maison à ne "rien faire" (je mets des guillements parce que je fais quand même des trucs, genre femme au foyer).
Comme en librairie, pour l'instant je n'ai aucune réponse, et que les magasins de fringues ne veulent pas de moi (il est vrai que je n'ai pas fait d'école de mode, ah ah), j'envisage d'autres pistes. Je suis au supermarché, et je me demande : "Tu te vois bosser là ? Après tout, ce n'est pas si terrible.D'accord, il fait froid, et l'éclairage est atroce. Mais les filles ont l'air sympa." Et puis, immédiatement, je pousse un hurlement intérieur. Ce n'est pas moi, là, qui viens de penser ça : dites, j'ai passé sept ans à étudier, tout de même ! Entre celle qui serait prête à accepter n'importe quel boulot, et celle qui hurle à l'imposture en priant de ne pas oublier qui elle est (était ?), je ne sais littéralement plus où donner de la tête.

Quelle idiote je fais.



Par callisto
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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /Oct /2009 10:23
À arpenter comme ça tout Paris (avec son cv dans la poche) on fait des découvertes surprenantes. Par exemple, rue Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement, il y a une boulangerie-pâtisserie tous les cinq mètres. C'est proprement hallucinant, me direz-vous. Qui croirait que les habitants du 7e arrondissement aient autant besoin de pain ? (Alors que rue des Francs-Bourgeois, on peut s'accrocher pour trouver un seul truc à manger : on croit enfin avoir atteint une boulangerie, c'était un leurre. Sous la vieille enseigne, un magasin de fringues. Ils adorent ça, dans le Marais, faire croire que c'est une boulangerie, ou une boucherie, ou une droguerie, et hop, ô surprise, en fait, c'est des fringues, tiens donc.) Rue Saint-Dominique, les vitrines des boulangeries-pâtisseries étaient toutes plus appétissantes les unes que les autres, avec leurs petits pains aux olives ou aux lardons, leurs éclairs, leurs petits gâteaux verts et roses. J'en ai presque oublié que j'étais dans un arrondissement improbable (pour ne pas dire atroce) comme le 7e arrondissement. (Il faut se les taper, les rues droites pleines de ministères à n'en plus finir qu'un grand vent parcourt sans relâche.)

Dans le 5e, j'ai compris maintenant, je suis dans un film de Truffaut. Cherchez bien, vous ne trouverez aucune enseigne connue, ni Starbuck ni Zara ni H&M. Au premier abord, ça repose. Or, ne s'y trouve aucun magasin un tant soit peu "hype" non plus. Il y a des restaurants, notamment exotiques, des cafés, des commerces traditionnels, des magasins ethniques, mais rien qui ne trahisse particulièrement notre époque. Je me laisse gagner par cette impression étrange de vagabondage dans un autre temps, et je me sens bientôt engloutie par ce Paris générique, un peu morne, verdâtre, sans éclat, sans vie. J'ai été des années à la fac non loin de là, des souvenirs confus remontent, et soudain me prend l'envie de hurler Antoine Doinel Antoine Doinel à certains carrefours tristes. Alors je marche encore, pour m'échapper, je traverse un pont, puis un autre. Passée la boulangerie factice, il y a les paisibles rues Elzévir, Payenne ou de Sévigné, qui toujours, par l'un de leurs grands portails, par leurs fleurs tendues à travers les grilles des jardins, par la majesté des moulures d'une corniche ou la simplicité d'une de leurs hautes fenêtres, me comblent de ravissement.





Par callisto
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