Mercredi 21 octobre 2009
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Comme tout le monde, j'ai plein de problèmes dans la vie. Je suis accro au coca light et au chocolat, j'oublie
toujours de changer les ampoules, je suis régulièrement fâchée contre mon père, je ne mets jamais les bonnes chaussures, et je n'aime pas le beurre. Mais surtout, surtout, je ne sais
absolument pas quoi faire de ma vie ! J'ai trente ans, j'ai eu quelques expériences professionnelles démoralisantes, et aujourd'hui je cherche du travail en essayant de me convaincre par tous les
moyens que je vais trouver un poste où je n'aurais pas envie de m'enterrer vivante à la fin de la première journée.
Mon meilleur ami est un célibataire endurci, comme on dit, et nous aimons à soulager nos peines en évoquant nos
statuts de marginaux : lui se sent exclu de la société qui ne parle qu'aux couples, moi je me sens exclue de la société qui ne parle qu'aux gens qui travaillent, dépensent de l'argent et pensent
à leurs futures vacances. Sauf qu'en amour, il n'y a pas de mauvais cv. Alors qu'à un moment donné, dans le monde professionnel, il faut se rendre à l'évidence : toutes les routes ne mènent
pas à Rome. Les choix, ou les non-choix, plutôt, que j'ai fait il y a des années, quand je rêvassais en jouant du violon, je les paie aujourd'hui.
Alors me voilà, à trente ans, sans travail, avec un enfant à élever. Cela fait des mois, voire des années, que je n'ai
pas un centime à dépenser en fringues, en chaussures, en coupes de cheveux. Mon fiancé et moi partons en vacances dans nos familles, sans jamais pouvoir se permettre de fantasmer sur un week-end
à Londres. Nous n'allons ni au restaurant, ni au théâtre ; au cinéma, uniquement lorsque nous pouvons profiter de prix très avantageux. Je ne me plains pas, attention. C'est que lui gagne très
bien sa vie. Imaginez alors comme je me sens coupable de rester à la maison à ne "rien faire" (je mets des guillements parce que je fais quand même des trucs, genre femme au
foyer).
Comme en librairie, pour l'instant je n'ai aucune réponse, et que les magasins de fringues ne veulent pas de moi (il est vrai que je n'ai pas fait d'école de mode, ah ah), j'envisage d'autres pistes. Je suis au supermarché, et je me demande : "Tu te vois bosser là ? Après tout, ce n'est pas si
terrible.D'accord, il fait froid, et l'éclairage est atroce. Mais les filles ont l'air sympa." Et puis, immédiatement, je pousse un hurlement intérieur. Ce n'est pas moi, là, qui viens de penser
ça : dites, j'ai passé sept ans à étudier, tout de même ! Entre celle qui serait prête à accepter n'importe quel boulot, et celle qui hurle à l'imposture en priant de ne pas oublier qui elle est
(était ?), je ne sais littéralement plus où donner de la tête.
Quelle idiote je fais.
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