Jeudi 22 octobre 2009
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Parce que si j'étais écrivain, me dis-je, je passerais mon temps à écrire ! Oui, si c'est tellement important pour
toi, comme tu le penses chaque jour, tu devrais déjà avoir deux ou trois romans écrits, finis, publiés même ! Quoi de plus ridicule que de se proclamer écrivain et de ne pas avoir été publiée !
Peut-être de se proclamer écrivain et de n'écrire point, oui, peut-être ! Pourtant une partie de ma vie se joue là, durant de longs moments, tandis que j'arpente le pavé parisien, dans le monde
intérieur où Montaigne observe Proust, où Cortazar rigole avec Kundera, où Woolf et Austen rebondissent sur un souvenir, un rayon de lumière qui frappe bizarrement un panneau dans la rue ou mon
oeil, sur une phrase commencée au détour d'une rue, au milieu d'un carrefour.
J'ai renoncé, c'est déjà ça, à être l'écrivain idéal pour la lectrice que je suis. En effet, mon moi-lectrice aime quand on le transporte ailleurs, qu'on lui parle neige en Norvège, landes en
Irlande, ombres à Londres, et que sais-je encore. Du dépaysement ! Des endroits inconnus ! Ce que ne sait absolument pas faire mon moi-écrivant, évidemment. Il y a là comme une contradiction
majeure, vous l'aurez remarqué. Et encore, je ne vous parle pas de la soif d'apprendre ou de l'amour du suspense de mon moi-lectrice ! C'est donc tout naturellement que j'ai renoncé, d'un même
mouvement, à être ma lectrice idéale. Je ne suis pas sûre, du coup, d'avoir grande estime pour moi en tant qu'écrivain. Pensez donc : quelqu'un qui ne parle que de mon quartier, du Paris que je
parcours chaque jour, de la jeune fille désanchantée que je fus, de ce père que je dois me coltiner régulièrement. Bon. Heureusement, les bibliothèques sont pleines. Vivement que je puisse me
retrouver sous les traits d'un homme vieillissant vivant reclus dans sa tour du bordelais au XVIe siècle.
Par callisto
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