Jeudi 26 novembre 2009
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J'aime les cafés. Ces endroits que j'ai envie d'appeler rades pourris, vous savez, ces
restaurants-bar-brasserie-formule-déjeuner-sandwiches-à-toute-heure, où des tas de gens, toute la sainte journée, s'accoudent au zinc, s'enfilent un demi, un ballon ou un express. Depuis le
trottoir, je choisis celui qui me paraît le moins neuf, celui que le temps a conservé dans son jus, avec toutes ces strates d'époques différentes. Surtout pas le faux vieux, où tout est années
cinquante tout joli tout améliepoulain. J'aime les endroits où il y a des espèces de panneaux de bois laqués orangés qu'on dirait que ça a cramé. J'aime les chiottes avec la pièce de 1F à
introduire. J'aime le zinc un peu abîmé, martelé, le carrelage comme dans les cantines des écoles, les lampes pas à économie d'énergie aussi moches que chez ta grand-mère, les chaises en bois,
les banquettes en peluche râpée avec des trous de clope. J'aime même la collèque de bouteilles de jus de fruits poussiéreuses au-dessus du bar, là, à côté de l'énorme pendule toujours moche, et
du calendrier avec des arbres en automne.
Je m'installe au bar, toujours, sur un grand tabouret de préférence, sans enlever mon manteau. Immédiatement, une espèce de chaleur me gagne. J'aime l'efficacité du barman, qui, sans prononcer
plus de trois mots, m'apporte en quelques secondes un expresso ou un allongé. J'aime l'odeur du café, forte, qui se mélange aux odeurs de cuisine. J'aime la vieille tasse moche dans laquelle
je-ne-sais-combien de parigots ont bu. J'écoute les conversations des serveurs, celles des habitués. Le patron grande gueule, qui se plaint d'un truc ou d'un autre. Pendant cinq minutes, ma vie à
moi est sur pause.
Voilà. J'aime les cafés. C'est un truc que j'aime bien chez moi, d'aimer prendre des cafés au bar quand j'ai cinq minutes. Je me regarde avec une distance amusée et me demande bien pourquoi je
m'enorgueillis d'un truc pareil, mais enfin. C'est tout à fait comme d'avoir l'oreille absolue : j'en conçois une immense fierté, tout en étant consciente du fait que ce don ne me sert
strictement à rien. Pensez donc ! Tout le monde se fout de savoir que le signal de fermeture des portes du métro est une tierce mineure sol-si bémol !
Par callisto
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et puis les prix, sont des prix, pas des arnaques
moi aussi j'aime ces bistrots...
C'est drôle, je n'ai même pas pensé au mot bistrot alors que c'est peut-être le mot le plus approprié pour désigner ce genre d'endroit. J'aime quand mes commentateurs m'apportent le mot qui manque !